Ça fait des années qu'on parle de filiation, de nouveaux modes de constitution de la famille. J'en ai plusieurs fois parlé avec Marion et Romain. Pour Romain, les choses sont claires, radicales. On est trop nombreux, il faut mettre un frein énergique à la procréation. Les questions de famille et de filiation ne sont pour lui que des vestiges ou une matière première pour les historien. Marion, de son côté y voit le basculement décisif vers une société égalitaire entre hommes et femmes.

Alors, j'ai voulu creuser. Il y a quelques temps, j’ai lancé dans différents réseaux sociaux ou forums une question concernant la régularisation prochaine de la PMA en France. Ma question ne portait pas sur l’opportunité ou non de la régularisation —le débat me semble dépassé, c’est un fait, la technologie existe, il reste juste à se mettre d’accord sur les modalités d’accès, toute discussion est donc stérile— mais sur les conséquences sur la condition des femmes.

À l’origine, ce qui me questionnait et qui a motivé mon interpellation était qu’on posait la maternité comme étant l’aboutissement de la féminité. Renvoyant les femmes à leur fonction maternelle au détriment de leur fonction sociale.

Première surprise, moi qui croyais le débat dépassé, j’ai reçu plusieurs réponses qui détournaient la question et revenait au débat : pour ou contre. Encore une fois, il ne s’agissait pas de cela. J’ai d’ailleurs eu droit aux deux tendances : la version réactionnaire et rétrograde et la tendance tout est bien dans le meilleur des mondes. J’en ai même eu un (un homme) qui, croyant sans doute avoir à faire à une opposante m’a gentiment expliqué qu’il s’agissait d’un droit fondamental des femmes (voir plus bas ce qu’il en est de cette expression).

Au-delà de ces quelques détournements, j’ai reçu beaucoup de réponses (étonnamment toutes en messages privés) intéressantes. Certaines allant très loin, voire extrémistes, d’autres très nuancées et réfléchies.

Voici ce que j’ai noté :

La très grande majorité des réponses émanait de femmes (hétéro et homo).

Deux « opposantes » (hors sujet mais elles font partie des réponses). Elles invoquaient les arguments habituels. Sans commentaire.

Trois hommes ont répondu. L’un a détourné la question (je l’ai dit plus haut), l’autre conditionnait la PMA à la régularisation de la GPA. Hors sujet aussi. Le troisième ne voyait aucun problème.

J’ai reçu seize réponses qui correspondaient à la question (toutes des femmes).

J’ai repéré trois tendances :

-          La tendance pluri-parentalité (en fait homoparentalité)

-          La tendance mono-parentalité

-          La tendance paternaliste.

Je pensais que la dernière serait majoritaire, que les femmes souhaitaient encore un père pour leurs enfants. Et bien, non ! Attention, il ne s’agit pas d’un sondage (16 réponses !!), mais cela montre que celles qui s’intéressent au débat ont dépassé la question de la paternité, certaines vont jusqu’à la réfuter.

Ce qui est frappant, c’est que toutes ont bien compris l’enjeu de la question : quelle place dans une société formatée par le patriarcat pour des femmes qui supporteront seules la charge des enfants quand les représentants masculins, déjà favorisés, en seront totalement libérés ?

Les extrémistes ont avancé des réponses. Je vous les laisse deviner. Outre qu’elles me semblent en contradiction avec nos valeurs humanistes, elles sont irréalistes. D’autres estiment que la société devrait aider davantage les mères (allocations plus importantes, exonérations d’impôts…). D’autres encore mettent en garde contre les dangers de ce qu’elles nomment l’assistanat qui renverrait à nouveau les femmes à un rôle subalterne précédant dangereusement le retour à la soumission.

Une question de vocabulaire a également été évoquée à plusieurs reprises (5 fois). Il y aurait confusion entre le droit pour les femmes à disposer de leurs corps (point de vue féministe) et le droit à avoir des enfants (expression considérée comme relevant d’un machisme insidieux ou inconscient). Avoir des enfants, est vu tantôt comme un droit, tantôt comme une aspiration mais toutes estiment qu’elles seules doivent décider. On voit bien que même au sein de la tendance « paternaliste », la page de la paternité est tournée. Pour autant, à l’exception de la tendance « homoparentale », les femmes expriment leur inquiétude quant à une accentuation des inégalités entre les hommes (libérés de la charge, temps et argent, des enfants) et les femmes qui devront faire face à un revenu amputé du coût de l’éducation et une énergie et un temps disponible eux-aussi restreints. Inquiétude qui ferait peut-être écho à l’avis tranché de la tendance « homoparentale » laquelle estime que la monoparentalité ne saurait constituer un choix viable. 

Marion a été enthousiasmée par ma conclusion. Dans un premier temps car elle s'est souvenue qu'elle vivait en couple. Avec un homme en plus. Je crois qu'elle est à l'image d'une majorité d'entre nous: on défend un truc mais au moment de passer à l'acte, on se sent un peu dépassées par ces changements, les craignant tellement, parce qu'ils nous jettent dans l'inconnu, qu'on finit par les refuser. 

Romain, sans surprise, a maintenu que la procréation libre était appelée à disparaître au profit d'une programmation collective des besoins en renouvellement du stock d'individus. Du Huxley tout craché!